« A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. »
Pierre Corneille, dans Le Cid
J’avais depuis quelques mois déjà l’intention d’aborder le sujet qui agite de plus en plus le monde : l’intelligence artificielle. Et je comptais notamment l’aborder sous le prisme de la création littéraire. Or, ce 22 septembre, une polémique a éclaté sur les réseaux sociaux à propos du livre de Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir, salué par la critique, sélectionné pour de nombreux prix et même déjà primé, et qui aurait été rédigé à 100% par une intelligence artificielle générative, selon… une autre intelligence artificielle.
Je trouve ce sujet fascinant, parce qu’il en dit beaucoup sur nous, en tant qu’humains. Alors, je vais le traiter tout de suite. Sans IA.
Petite précision importante : Je n’ai lu que quelques passages de C’était ça ou mourir, partagés par des gens qui les trouvent terriblement mauvais. Je n’ai donc aucune idée de la qualité de ce roman et je n’ai pas les compétences techniques pour déterminer si Pangram dit vrai et donc si ce livre a été généré, peu ou prou, par une IA. Et je m’en fiche totalement. Ce n’est pas du tout mon sujet.

L’IA au quotidien
D’abord, quel est mon propre usage de l’IA en tant qu’autrice ? Il me semble indispensable de commencer par là, histoire que vous puissiez me situer.
Je m’en sers. Déjà, j’ai une curiosité, parfois malsaine, à l’égard du numérique. Quand je vois quelque chose de nouveau, j’ai besoin, à tout le moins, de tester. Donc, de façon globale, j’utilise l’IA et en particulier Gemini. Parce que c’est ultra pratique. Ça permet de gagner un temps fou par rapport aux simples moteurs de recherche. Ça m’aide à me cultiver, ça m’aide à améliorer mon quotidien, ça m’aide à faire des choix…
J’ai pleinement conscience de l’impact écologique de ce machin, donc j’essaie de l’utiliser de manière raisonnée. Je n’ai jamais généré de vidéo avec cet outil, parce que je n’en vois pas l’intérêt pour moi au vu des ressources que ce type d’usage consomme, et j’évite autant que possible de générer des images, même si ça a pu m’arriver et que ça arrivera sans doute de nouveau. Il faut, à mon sens, toujours peser l’utilité de ses requêtes avant de lancer un prompt qui ne manquera pas d’aggraver le dérèglement climatique.
Je m’en sers pour améliorer ce site, au niveau visuel, ergonomie, technique, parce que j’estime qu’il est utile à la société et l’IA se montre d’une redoutable efficacité pour ce type d’usage. Désolée pour les développeurs web, mais je n’ai de toute façon pas les moyens de faire appel à vos services. Avec l’IA, peut-être que je finirai par les avoir, les moyens, et dans ce cas, je ne manquerai pas de faire appel à vos services pour de futures améliorations.
Je m’en sers aussi pour mettre à jour mes fiches d’éditeurs, de revues, de concours littéraires, parce qu’il s’agit d’un travail titanesque et que Gemini me permet de gagner des années pour un service qui devrait aider de très nombreuses personnes. J’imagine qu’il a dû commettre des erreurs, mais, dans ce cas, je compte sur les humains pour m’aider à les corriger, et à m’améliorer. D’ailleurs, à terme, j’espère pouvoir me passer d’IA pour garder ces fiches à jour.
Reste le cœur du sujet : la création littéraire. Je vais couper court au suspense. Oui, j’utilise aussi l’IA quand j’écris des romans, des nouvelles, des pièces de théâtre, mais… pas de la façon dont vous le pensez.
Faire du jogging assis sur une moto
La plupart du temps, je m’en sers comme d’une encyclopédie, pour chercher des informations, ou quand je bloque sur un mot, pour trouver des synonymes, un champ lexical. Bien souvent, déjà, dans ce cas de figure, je lis ses propositions, et je me dis « Ha non, rien de tout ça, en fait, c’est +ça+ que je cherche ! ».
Il m’arrive aussi de m’en servir quand je coince sur un passage, à cause de la fatigue bien souvent. Je lui donne les éléments et je lui demande d’écrire cette description (en général, ce sont des descriptions), mais pas une fois, en voyant ses propositions, je ne me suis dit « wahou ! Trop bien ! C’est exactement ce que je veux ! ». Non, de façon systématique, ma réaction, c’est ça : « Wahou ! Comment c’est naze ! C’est exactement ce qu’il ne faut surtout pas faire ! ». Et en voyant ce qu’il ne faut surtout pas faire, ce qu’il faut faire m’apparaît, en creux.
J’ai coutume de dire que, dans mon processus créatif, l’IA agit sur moi comme le docteur Watson sur Sherlock Holmes : elle me stimule. Ses erreurs, sa maladresse m’aident à découvrir la vérité de mon texte.
Par contre, il ne me viendrait JAMAIS à l’idée d’utiliser l’IA pour créer une histoire, un personnage, un dialogue… J’ai déjà une trentaine de projets de nouvelles, romans, pièces de théâtre, sketchs en attente, j’ai un catalogue de personnages avec leurs aspérités, leurs phrasés, leurs singularités qui ne demandent qu’à émerger, j’adore composer des dialogues et c’est pour cette raison que j’écris, bordel. Sinon, je ferais autre chose. Je jouerais de la trompette avec mon cul, je dessinerais avec mes orteils, je ferais des gâteaux ou des pompes, j’en sais rien, ce qui me plaît.
Quel est l’intérêt d’écrire… si on n’écrit pas ?
Utiliser l’IA pour générer un bouquin en entier, c’est comme faire du jogging assis sur une moto. C’est confortable, c’est rapide, mais c’est pas du jogging. On n’a aucun mérite, aucune fierté, et, surtout, on n’y a pris AUCUN plaisir. Mais je reviendrai sur cet aspect plus tard, parce que ma modeste personne n’a rien de représentatif. Et puis, entre l’absence totale d’usage et la génération à 100% d’un roman, idées comprises, il existe une multitude de nuances, dont je fais aujourd’hui partie.
Bien sûr, la technique évolue à une vitesse folle, nos pratiques aussi, il est donc probable que, dans un an, tout ce que je viens d’écrire soit obsolète…
Maintenant que vous situez ma position sur le sujet, prenons un peu de recul.
Démocratisation de l’écriture
La question du mérite me semble essentielle. C’est pour cette raison que j’ai démarré ma dissertation avec la célèbre phrase de Corneille.
Parce que, justement, Corneille, il a écrit des chefs-d’œuvre, sans intelligence artificielle, sans la dernière version de Word, sans le correcteur Antidote, sans moteur de recherche, sans ordinateur, sans machine à écrire… D’autres avant lui, comme Homère, en ont écrit d’autres sans l’imprimerie. Des textes incroyables se sont transmis… à l’oral, parce que ça a longtemps été le meilleur support.
Je ne vais pas trop m’aventurer sur cette partie que je connais assez mal, ayant dû interrompre mes études littéraires à la licence, mais la question de la paternité d’une œuvre se posait déjà dans l’antiquité. Homère a-t-il « écrit » L’Odyssée seul ou est-ce qu’il a été accompagné par de nombreux auteurs anonymes qui ont amélioré et/ou enrichi son récit avec le temps ?…
Et là, déjà, vous le voyez, le parallèle avec la situation actuelle ? Le fragile lien entre l’œuvre et son auteur ? Je n’ai pas fini de vous casser le cerveau, je vous préviens, j’ai l’intention de convoquer Jorge Luis Borgès à la barre dans très peu de temps, et ça va faire mal.
Pour le moment, je vais juste indiquer que l’écriture littéraire s’est très largement démocratisée (comme l’écriture tout court, d’ailleurs), et c’est génial. Il n’est plus nécessaire d’être riche ou d’être soutenu par un mécène pour écrire des bouquins, comme ça a longtemps été le cas. Il suffit de savoir écrire un minimum (mon éditeur, Christophe Siébert, m’a déjà cité Hemingway pour qui 500 mots de vocabulaire suffisent) et d’avoir une intériorité. Christophe Carpentier l’explique très bien dans son interview : la technique, c’est secondaire, tout comme dans la musique. Il suffit d’écouter les Sex Pistols ou Sepultura pour s’en rendre compte.
Et là, nous entrons dans une nouvelle étape où on n’a même plus besoin d’avoir de l’inspiration ou des idées : l’IA peut s’occuper de tout. La démocratisation absolue. Résultat : à un moment où on achète de moins en moins de livres (neufs), on en produit de plus en plus. Les éditeurs sont totalement saturés et Amazon vend des centaines de milliers de livres auto-édités de qualité extrêmement variable. Aujourd’hui n’importe quel demeuré peut générer une bande dessinée, une caricature, même une vidéo, et bien sûr un roman, une nouvelle, de la poésie sans travail.
Est-ce un progrès ou le signe de la fin des temps ?
Peut-on séparer l’œuvre de l’auteur ?
C’est là que je vais convoquer l’ami Borgès, avec la passionnante question du locuteur : qu’est-ce que ça change à la réception du texte s’il est attribué à un auteur différent ? Et le corollaire : faut-il séparer l’œuvre de l’artiste ?
Si demain, on me dit qu’en réalité, les chansons de Noir Désir n’ont pas été composées par Noir Désir, et notamment par un meurtrier, et qu’un nouveau groupe émerge, avec un autre nom, je ne sais pas, Les Zigotos à poils durs, disons, pour les jouer avec le même talent et la même sonorité que Cantat et Noir Désir, je serais aux anges et je les écouterais en boucle. Énorme soulagement.
C’est à peu près la thématique traitée par Jorge Luis Borgès en 1944 dans Pierre Ménard, auteur du Quichotte, une nouvelle issue du vertigineux recueil Fictions. Borgès aurait sans doute adoré disserter sur cette polémique, sur l’IA et tout ce qu’elle implique.
Là, dans ce texte, il imagine un inconnu, Pierre Ménard, réécrire Don Quichotte, de Cervantès, au XXe siècle, avec un résultat à la fois strictement identique et… bien meilleur. Car tout dépend du contexte de lecture.
Imaginons Jean Jaurès dire « le travail rend libre » en 1910. Il ignore que, trente-cinq ans plus tard, en Allemagne, cette même phrase figurera sur le fronton des camps de concentration. Elle n’a donc pas exactement la même saveur que si elle est prononcée à la lettre près par un politicien d’extrême droite en 2026.
De la même façon, un texte écrit par un humain et un texte généré par une IA ne sera pas perçu de la même manière par le lecteur.
Reprenons C’était ça ou mourir, de Thélyson Orélien, aka l’objet du scandale. Encensé par la critique, depuis qu’on pense qu’il a été généré « à 100% » par une IA, nombreux sont ceux qui lui trouvent tous les défauts du monde, et c’est évident, non, mais qu’est-ce que c’est mal écrit, voyons, comment les jurés ont pu passer à côté de ça ? J’ai lu quelques passages et l’honnêteté m’oblige à vous dire que ça ne m’a pas sauté aux yeux qu’il s’agirait d’IA. Et je n’ai pas trouvé son style plus mauvais que celui de best-sellers que j’ai pu lire récemment.
Habitués à la médiocrité ?
J’ai lu il y a quelques semaines Reykjavik, un polar signé par un duo d’auteurs islandais. Il a fallu que je m’accroche pour arriver au bout tant je l’ai trouvé mal écrit. J’ignore si ça vient de la traduction ou d’eux, mais… et il s’agit d’un best-seller. À l’inverse, Rouge Western, d’Isabelle Wéry, Un Conte parisien violent, de Clément Milian, bien moins connus, je n’ai aucun doute sur l’absence d’utilisation d’IA sur ces excellents romans.
Il est peut-être là, le vrai problème : on s’est habitué à des livres primés, reconnus par une prétendue élite intellectuelle, des succès en réalité si insipides, si indigents, dépourvus de personnalité, qu’il nous est compliqué de les différencier des impostures produites par IA.
Et je le dis, encore une fois, sans avoir lu plus que quelques passages jugés très mauvais de C’était ça ou mourir.
Quand on voit que les chaînes d’info en continu mettent en avant d’improbables cuistres comme des références intellectuelles à des heures de grande écoute, comme Luc Ferry, Michel Onfray ou Raphaël Enthoven, il me semble que ça donne une idée de la hauteur à laquelle cette intelligentsia place la barre, non ?
Et Dan Brown, on en parle ? Il a écrit cinq fois le même bouquin avant de connaître un succès mondial avec Le Da Vinci Code. Aucun style, aucune personnalité, des personnages qui ne sont que des coquilles vides… Anges et démon, c’est exactement les mêmes personnages, la même histoire que Le Da Vinci Code, avec le même faux traître, le même vrai traître, les mêmes twists aux mêmes moments, la même fin… Il y en a au moins cinq comme ça (je n’ai lu que les cinq premiers, prêtés par mon père). Pas d’IA, juste une méthode mathématique sans doute héritée d’ateliers d’écriture.
Et ça marche. Je l’en félicite.
À ce stade, je vais convoquer un autre auteur à la barre : Bukowski. J’ai mis cette citation en bas de page de mon site, elle figurait déjà sur sa précédente version, en 2008, parce que je pense que tout auteur, éditeur, libraire, lecteur doit l’avoir en tête :
« Les écrivains posent un problème. Si ce qu’un écrivain écrit est publié et se vend comme des petits pains, l’écrivain se dit qu’il est génial. Si ce qu’un écrivain écrit est publié et se vend moyennement, l’écrivain se dit qu’il est génial. Si ce qu’un écrivain écrit est publié et se vend très mal, l’écrivain se dit qu’il est génial. En fait, la vérité est qu’il y a très peu de génies.«
Charles Bukowski, dans Women.
Sur quels critères on détermine qu’un livre est meilleur qu’un autre ? Aucune idée. Comme je l’ai dit, de nombreux cartons de librairie m’insupportent. Pas tous. De nombreux livres méconnus me passionnent. Pas tous.
Tout est relatif.
Qui me parle ?
Mais revenons à nos moutons et à la question du locuteur, centrale, avec quelques exemples qui devraient vous faire réfléchir (le dernier va vous étonner).
Vous connaissez la saga du Bourbon Kid, qui commence par Le Livre sans nom, écrit par un auteur… anonyme ? On n’est clairement pas sur du chef-d’œuvre, on est sur du pur divertissement et, dans ce cadre, c’est un putain de coup de génie. Un coup marketing, évidemment : ça attise la curiosité, on a envie de savoir qui est cet auteur. Certains s’imaginent, au vu du style, qu’il s’agit de Quentin Tarrantino ou de son pote Robert Rodriguez. Ça fait parler d’autant que les trois premiers sont d’une efficacité redoutable. C’est à mourir de rire.
Qui sait, au final, si ces textes n’ont pas été rédigés par une IA, pour les derniers ? Le premier date de 2010, donc ce n’est pas possible.
Et là, on va parler du Coran. Si, si. Parce que le Coran, suivant qui l’a écrit, ça change tout. Pour les musulmans, il s’agit de la parole de Dieu, sans aucun doute possible. Mais si demain on vient leur prouver, sans le moindre doute possible, qu’il a été écrit par Coco l’asticot, vous imaginez la déflagration ? Pourtant le texte reste le même…
Sauf qu’on ne peut pas le prouver. Tout est question de croyance… comme pour Thélyson Orélien au moment où je rédige ces lignes. Quelqu’un a déjà passé le Coran, ou la Bible, sur Pangram ?
Vous verrez que demain, une nouvelle religion va émerger. Créée de toutes pièces par IA. Avec un prophète totalement virtuel. Et des millions d’adeptes. J’ai prévu d’écrire une série de nouvelles sur ce thème, mais je crains d’être vite dépassée par la réalité.

Si je porte un masque, si j’ai pris un pseudo, si j’ai créé ce site, c’est aussi pour « créer » un personnage de toute pièce, celui de Laure Mordray, autrice. L’image que vous avez de moi ne manquera pas d’influencer votre lecture. Qui sait si depuis tout à l’heure, je ne vous baratine pas ? Qui sait si cet article n’a pas été rédigé avec l’IA, tout comme mes pièces de théâtre, mon roman, mes nouvelles ? Après tout, pourquoi pas ?
L’écriture est, par essence, une imposture.
Écriture et réécriture
Précisément, c’est quoi, l’écriture ? C’est un auteur qui s’inspire de ses lectures pour créer une nouvelle histoire, façon palimpseste, tout comme l’IA. Sur ce thème, je vous recommande vivement mon interview de Sébastien Gayraud.
Pour écrire son texte, l’auteur se documente. Il utilise Google ou un autre moteur de recherche. Ou l’IA. Ou il lit des bouquins, des encyclopédies… Ce qui revient au même, mais en plus long.
Après avoir brouillonné, il s’use les yeux sur un traitement de texte, se relit vingt fois, cherche le bon mot, la bonne tournure, coince, se fait aider par l’IA, ou pas. À la fin, il passe son texte au correcteur, boosté par l’IA, avant de l’envoyer à son éditeur.
Si ce dernier accepte le texte, on passe à la phase d’editing. C’est-à-dire que l’éditeur dialogue avec son auteur en lui suggérant des améliorations : « cette figure de style est-elle bien utile ? », « trop pompeux », « pas assez direct », « passage, à mon avis, à réécrire », « je ne suis pas sûr que ce chapitre apporte réellement quelque chose en l’état ».
Le texte connaît donc, souvent, de substantielles modifications. Est-ce de la triche ? Non, c’est le processus normal dont les plus grands livres ont bénéficié. Et puis, il y a le correcteur, parce que c’est un métier, que l’IA a ses limites syntaxiques, tout comme l’auteur, aussi doué soit-il. Chaque éditeur a son ou ses correcteurs. Sans parler des traducteurs. Est-ce de la triche ?
Au cours de ce processus, l’auteur peut employer l’IA, à la marge, ou pour un travail de fond. N’empêche qu’à la fin, ça reste son œuvre. Il l’a conceptualisée, pensée, relue, corrigée, validée. Virginie Despentes a soulevé que l’IA ne peut générer seule un succès comme celui de Thélyson Orélien. Je pense qu’elle a raison, même si je n’en suis pas sûre à 100%.
Pour le déterminer, on peut se pencher sur les livres auto-édités. Il y a quelques mois, une dame est venue me proposer son roman via Messenger : Au Cœur de moi. Quand j’ai vu le titre, la couverture, le pitch aussi insipide que possible, je me suis demandé si ce n’était pas une démarche artistique pour dénoncer la vanité de ces milliers d’écrivains qui inondent Amazon de leurs œuvres dédiées à leurs vies extraordinaires (comme à peu près toutes les vies) ou à leurs opinions aussi révolutionnaires que stupides. Je peux en parler : plus jeune, j’en ai fait partie et, encore aujourd’hui, je dois lutter contre mon égo en permanence.
Malheureusement, non, je ne crois pas que le but était de dénoncer cette vanité, ou alors c’était très mal amené. Je crois qu’il s’agit en fait d’une œuvre réalisée à 100% par IA. L’IA, avec son insupportable flagornerie, qui n’a pas manqué de pousser cette dame à aller au bout de sa propre caricature. « Je t’offre mon histoire, pour que tu y trouves l’écho de la tienne. » Vraiment désolée pour cette dame, mais… quel enfer !
L’avantage de cet exemple, c’est qu’il tend à démontrer qu’IA sans conscience n’est que ruine de l’âme. Et que sans un minimum de qualités artistiques, la machine ne génère ni miracle ni chef-d’œuvre.
Cela dit, je ne l’ai pas lu non plus, donc si ça tombe, Au Cœur de moi est absolument génial et n’a pas du tout été réalisé par IA. Allez savoir… Je suis peut-être complètement à côté de la plaque.
Je ne serais cependant pas étonnée si demain, de la même façon que pour la religion dont j’ai parlé tout à l’heure, on en venait à créer un auteur de toute pièce, par IA, dont on suivrait la vie sur les réseaux sociaux, les déceptions amoureuses, les deuils qui ne manqueraient pas d’influer son écriture…
Un coup de latte dans la fourmilière
Et est-ce vraiment un problème en soi ? Je le répète : l’écriture est par essence une imposture. S’il y a une démarche artistique derrière l’usage de l’IA, tout comme Marcel Duchamp avec sa Fontaine, moi, ça va plutôt me faire marrer, plutôt que de me scandaliser.
D’ailleurs, je m’étonne de ne pas avoir entendu qui que ce soit rappeler l’histoire de Marc Ronceraille, un écrivain créé de toutes pièces pour se moquer de cette intelligentsia, en 1978.
On peut aussi parler d’Omar Ba, en 2008, ou JT Leroy en 1999… Et combien d’autres impostures n’ont jamais été dévoilées ?
Dans le milieu musical, l’exemple le plus célèbre doit être Milli Vanilli. Rendez-vous compte : de faux chanteurs qui se produisent pourtant sur scène.
J’entends que cette situation pose problème aux éditeurs, aux jurys des grands prix, aux critiques qui ont (peut-être) encensé de l’IA sans le savoir… Parce que leur vanité apparaît au grand jour, comme avec Marc Ronceraille en 1978. Leur égo, leur crédibilité, leur légitimité en prennent un sacré coup. Sans compter l’impact que ça pourrait avoir sur leurs revenus, nécessairement liés à leur autorité.
Mais il se trouve que je ne fais pas partie de ce milieu parisien, bourgeois, superficiel, fat et que ça me fait donc beaucoup rire de les voir s’étrangler en cherchant comment, à l’avenir, on pourrait préserver leur vanité, continuer de faire croire qu’ils sont l’élite. Un macaron « Garantie sans IA » ? Je pleure de rire.
Rien que pour ça, merci Thélyson Orélien, merci camarade, même si c’est involontaire.
Gardez bien en tête les propos de Bukowski.
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Ressources pour travailler votre manuscrit
Avant de soumettre un texte à un comité de lecture ou à un jury de concours, peaufiner sa technique narrative reste indispensable. Deux références particulièrement instructives :
- Les conseils d’écriture de Christophe Siébert : Sur le blog des éditions La Musardine, l’auteur et directeur de collection détaille la mécanique narrative dans sa série d’articles « Comment écrire un roman érotique ? ». Au-delà du genre, ses analyses sur la structure, le rythme et la construction des scènes s’appliquent à toute fiction.
- « Écriture : Mémoires d’un métier » de Stephen King : Un ouvrage incontournable mêlant retour d’expérience et méthode concrète pour structurer son récit et affiner son style. Retrouvez ma chronique complète sur ce livre.
Prendre le temps de retravailler la structure et le style augmente sensiblement l’impact d’un manuscrit auprès des éditeurs.
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