Autrice Non Conforme

Laure Mordray naît quelques mois après la sortie d’Alien, le huitième passager, à proximité du terril qui a inspiré Zola pour Germinal. Élevée par sa grand-mère, qu’elle surnommait « mamée », elle a baigné toute son enfance entre catholicisme, scepticisme, Pif Gadget et animés japonais plus ou moins violents, dans un milieu très modeste. Au moment de se choisir un pseudo, elle a souhaité mêler hommage à cette grand-mère et référence alchimique.
Sa dernière évaluation psychologique — réalisée en avril 2026 — fait état d’un stress post-traumatique sévère, d’une dépression tout aussi sévère, d’une anxiété généralisée qui font craindre à la praticienne, sinon un suicide au moins une décompensation imminente. Sauf que ça fait une trentaine d’années que Laure se traîne tout ça, de façon plus ou moins intense, et qu’elle s’y est acclimatée. Bien sûr, elle continue à se faire agresser en rêves à peu près toutes les nuits, mais ça fait une quinzaine d’années que ça ne la terrifie plus. Pire : elle massacre désormais ses oniriques agresseurs. Alors, du moment, qu’on n’exige pas d’elle de traîner ses nerfs dans un boulot merdique, de mener une vie ordinaire, avec enfants, petits-enfants et vacances à Berck, bref, du moment qu’on lui fout globalement la paix, elle ne devrait tuer personne.
La potentielle Allocation Adulte Handicapé que son département lui a suggéré de réclamer en remplacement de son complément RSA, devrait d’ailleurs l’aider à repasser de « sévère » à « modéré » et lui offrir le luxe de pouvoir se consacrer presque à plein temps, en fonction de son énergie, à l’écriture de ses textes engagés et Non Conforme.
Ses influences littéraires s’étendent d’Aragon à Hugo, en passant par l’Ecossais Irvine Welsh, le détraqué Bukowski et le vertigineux Jorge Luis Borgès. Au niveau horreur, elle a une très légère préférence pour Masterton par rapport à King. Niveau science-fiction, Evangelisti les surclasse tous, même l’ami Christophe Siébert. Quoique. Laure s’intéresse néanmoins à tous les genres, tous les styles. On ne s’étonnera donc pas de la surprendre avec un Amélie Nothomb ou un Thilliez dans les mains. Il ne faudrait surtout pas oublier Marcel Pagnol, qui jouit d’une place très particulière dans son petit cœur.
Chez mamée, Laure Mordray écoutait du Jean-Michel Jarre avec son couillon d’oncle, puis elle s’est mise à ce fumier de Patrick Bruel, à Indra, aux East 17, avant de découvrir, avec stupeur et tremblement, les Béru. Et puis, Ludwig von 88, et Nirvana, et Garbage, la Mano, Les Sales Majestés, autant de groupes qui ont mis des riffs sur son mal-être. Le tournant des années 2000 a amené un peu de metal dans ses oreilles avec Linkin Park, Evanescence et System of a down.
De la même façon, on peut aussi la surprendre en train de s’ambiancer sur du Britney Spears, du Billy Eillish, du Björk ou une bonne vieille Salsa du démon des familles. Parce que c’est la vie.
Bizarrement, au niveau des images qui bougent, Laure Mordray fuit l’horreur, qu’elle aime pourtant lire et écrire. Elle préfère les histoires de héros, ou, mieux, d’héroïnes, qui se font éclater la tronche, mais qui se relèvent malgré tout parce que leurs proches comptent sur eux. Parce que c’est ce genre d’histoires qui lui permettent de se lever de son lit chaque jour pour affronter son épuisement et son désespoir chroniques jusqu’au soir, et jusqu’à la mort. La vraie. Merci Masami Kurumada, merci Saint Seiya.
Dans ses créations, elle entend s’attaquer à tous les genres, tous les styles afin, surtout, de les mélanger et de les transgresser.
Enfin, si Laure Mordray porte un masque, c’est parce qu’elle ne voit pas l’intérêt de prendre un pseudo, si c’est pour montrer son vrai visage. Et aussi parce que ça l’amuse, ce qui constitue une explication largement suffisante. Non ?

Laure Mordray
Autrice – journaliste
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