Ma modeste comédie a été jouée ce vendredi 13 juin dans le charmant village de Mastaing, par l’un des trois groupes de la compagnie AtCot. Et les gens se sont bidonnés pendant deux heures.

Une chaleur étouffante
On ne va pas se mentir : quand j’ai entendu les trois coups qui annonçaient le début de la pièce, je me sentais aussi sereine qu’une pucelle dans la chambre de Rocco Siffredi. Est-ce que je ne suis pas allée trop loin ? Est-ce que le public va rire ? Est-ce que ma pièce est adaptée à une troupe d’amateurs ?… La dernière fois qu’une de mes pièces était jouée, Sarkozy régnait encore comme un mafieux sur le pays.
Et puis, j’ai failli redevenir superstitieuse : vendredi 13, depuis le matin, des petites emmerdes me tombaient sur le coin de la tronche. Surtout, il faisait 30 degrés, avec de gros orages annoncés dans la soirée. Il faudrait être bon pour séduire ce public aussi bigarré que fatigué par la chaleur, assis sur des chaises municipales en plastique pour assister à un spectacle de deux bonnes heures. Sans parler des comédiens, non moins tendus et d’autant plus harassés que la chaleur s’accumulait dans les coulisses. À partir du deuxième acte, le carrelage s’est mis à glisser, à cause de la sueur qui lui ruisselait dessus, et des brumisateurs.

« C’est un miracle ! »
La pièce démarre, les premières lignes de dialogue fusent, je tends l’oreille. La première vanne provoque des rires, épars, timides. Normal. Les gens se demandent dans quoi ils sont tombés. Il faut prendre ses marques : ils n’ont clairement pas l’habitude de ce genre de spectacle, plus que contemporain. Avec un humour… pénal, noir, presque violent. J’attends la première punchline. Je sais précisément quand elle arrive. « Martine… » La voilà : elle arrive ! Explosion de rires. Ça marche. Je me rassure : si cette vanne fonctionne, je sais que d’autres vont fonctionner aussi. Allez, un peu de « pipi caca », on est sur un public populaire venu pour se changer les idées. Ils s’esclaffent. Je les ai accrochés. Maintenant, reste à voir si je vais les garder jusqu’au bout. Deux heures, c’est long. Trop long. Surtout par cette chaleur.
Dans le même temps, je prends des notes dans ma tête. Tout ne fonctionne pas. Normal. Je pensais qu’ils se lasseraient vite d’Aubin, mais c’est tout le contraire. OK. Le personnage de Camille ne convient pas à son comédien, les vannes passent à côté. Certaines passent inaperçues. OK.
Jusqu’au bout
Arrive l’acte 3, je sens une fatigue, mais ça continue à marcher. Les gens rient. Tous. Même ceux que je pensais réfractaires. Les petits, les grands, les séniors… Pas forcément aux mêmes moments, mais ils sont contents d’être là. Je regarde leurs visages : ils ne trichent pas, ils ont vraiment la banane. Ce n’est pas du rire de politesse. Jusqu’au bout. Jusqu’à la dernière réplique. Applaudissements. Bravos. Félicitations. « C’était génial ». Pour moi aussi. Voir les gens réagir à son œuvre, en direct, y prendre du plaisir, rire avec soi, adhérer à son univers, il n’y a rien de mieux au monde.
Parce que ce qu’ils ont aimé, c’est moi. Mon vrai moi, plus que nu, dépouillé de tous ses atours, de tous ses masques. Un moi dégenré, éthéré : mon esprit, mon âme, mon essence.
Des améliorations à apporter
Et pourtant… Outre la longueur (que plusieurs personnes ont cependant relevée), je la savais très perfectible, cette pièce. J’ai voulu trop en dire, j’ai multiplié les intrigues secondaires, certains personnages sont un peu faibles, certaines vannes pas inspirées, certains passages manquent de clarté, d’autres sont inutiles… Incohérences, contradictions… Voilà pourquoi j’étais si tendue, au départ. Mais, malgré tout ça, les gens ont accroché.

Alors, je n’ose imaginer comment ils vont réagir, une fois que j’aurai corrigé tous ces défauts. Le grand test étant passé, je vais consacrer une quinzaine de jours, sans doute, à supprimer ses faiblesses, à la rendre encore plus drôle, plus courte et plus simple à jouer pour les comédiens. La prochaine représentation est prévue pour le 20 septembre, ce qui laissera le temps à la troupe d’incorporer ces modifications. Et je pense qu’ils vont les adorer. Ensuite, je la proposerai avec Espoir, pour que d’autres troupes puissent la jouer.
Si vous voulez en lire une scène, c’est par ici que ça se passe.
Affaire à suivre, donc…





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