Les Jeux olympiques d’hiver viennent de démarrer et on assiste déjà aux premières polémiques sur la participation de personnes trans à cette compétition. « Les femmes trans devraient concourir avec les hommes, les hommes trans avec les femmes, ils devraient avoir leur compétition rien qu’à eux, c’est de la triche, ils sont avantagés, cette femme est un homme… » Personne ne me l’a demandé, mais je vais quand même vous dévoiler mon analyse du sujet.

Pourquoi vouloir surpasser l’autre ?
Pour commencer, je considère que la compétition est en train de nous éteindre, en tant qu’espèce. Je préfère l’entraide, la coopération, plutôt que de vouloir écraser ou surpasser l’autre. Je ne comprends pas, par ailleurs, comment on détermine quel acteur, quel comédien est meilleur qu’un autre, idem pour les films, les livres… Ça me dépasse.
Pour le sport, bien sûr, c’est un peu différent. Il y a des critères objectifs, sur lesquels je vais évidemment revenir, mais je trouve la compétition d’autant plus malsaine dans ce cadre. Pourquoi vouloir surpasser l’autre ? Qu’est-ce qu’il m’a fait, l’autre ? Est-ce vraiment patriotique de battre nos voisins ? Si on part du principe que les autres patries sont nos ennemies ou à tout le moins nos rivales, oui, sans doute. L’Allemagne NAZIE voulait montrer que les Aryens étaient supérieurs aux noirs, avant que les États-Unis ne veuillent écraser les communistes… J’ai conscience d’être une extra-terrestre, mais je trouve ça aussi malsain que dangereux, même si, bien sûr, il vaut bien mieux s’affronter sur un terrain de football que sur un champ de bataille. Sauf que le premier n’a jamais effacé l’autre.
Et puis, on applique la même logique entre Paris et Marseille… Pourquoi ? On est Français. Insultes, violences, la rivalité dégénère toujours à un moment. En même temps, ça va de pair. Pourquoi supporter telle équipe plutôt qu’une autre ? Chacun a ses raisons, qui me convainquent rarement. Parce que moi, je ne vois que des humains qui s’affrontent, des frères, ou des sœurs.
Je pratique le sport. En loisir. Je gagne, je perds, et je ne compte jamais. Même les points, je ne les compte pas. Quand je gagne, souvent, je suis gênée. Là, il y a des débutantes, dans mon club, qui se font massacrer à chaque match. Je vois leur déception, je la ressens. Je n’aime pas ça. Pour moi, ce qui compte, c’est qu’à la fin, je me sois bien dépensée, que je me sois bien amusée et que tout le monde soit content.
Évidemment, il y a les intérêts financiers, déterminés par chaque État, chaque ville, etc. Les victoires participent à l’attractivité, au rayonnement d’un pays, d’un secteur, sans même parler du merchandising. Les gens peuvent dépenser des sommes folles pour assister à certaines compétitions et cet argent permet d’investir dans des équipements sportifs, il fait vivre quantité de commerces, et il pimente les compétitions. Quoi de plus normal, alors, que de voir des supporters, qui ont payé très cher leurs places, ivres de rage quand leur équipe perd, détruire un stade ? Quoi de plus normal que de voir un sportif, payé des millions si son équipe gagne telle ou telle compétition, fracasser les jambes de son adversaire ? C’est humain. C’est malsain. C’est en train de nous détruire.

Bref, je suis une extraterrestre, une idéaliste. L’humain veut surclasser son semblable, quitte à tuer, quitte à crever. Dont acte.
Placer dans des cases des individus exceptionnels
À partir de ce désir, on a commencé à créer des catégories. Parce que, contrairement aux fourmis ou aux abeilles, les humains sont tous différents. Tous. C’est d’ailleurs ce qui fait l’intérêt de ces compétitions : sans ça, il y aurait beaucoup de matchs nuls.
Donc, on a des catégories d’âge, pas toujours équitables : le premier à déclencher sa puberté dispose d’un énorme avantage sur les autres. Certains vieillissent bien, d’autres moins. Mais personne ne s’émeut de ces injustices. C’est la nature…

On a créé une catégorie pour les personnes en situation de handicap. Ces compétitions me semblent un peu moins malsaines. D’ailleurs, tout le monde trouve ça très bien. Mais personne ne regarde. Sans doute, justement, parce qu’il s’agit plus de se dépasser soi-même, de dépasser le handicap, que d’écraser l’autre. Les hommes veulent du combat, du sang, des larmes, de l’humiliation. De la tragédie.
Ensuite, on a une catégorisation par gabarit… Et là, je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi cette catégorisation ne supplante pas toutes les autres. C’est la seule qui soit vraiment équitable, quel que soit le sport. Ce qui compte, c’est l’entraînement, la technique, le mental, pour déterminer qui est le meilleur, et non pas le hasard de la naissance, des hormones, de la taille, etc. Mais peut-être que ce n’est pas l’équité, qui est recherchée, dans le fond… Du combat, du sang, des larmes, de l’humiliation.
La catégorie féminine et le sexisme
Et on arrive à la création de la catégorie féminine. Je conseille donc aux égos aussi virils que sensibles de passer leur chemin : je vais devenir désagréable pour vous.
On attaque donc le nœud du problème, avec cette catégorie inventée il y a, à peine, quelques décennies, et qui n’est toujours pas totalement entrée dans les mœurs. Parce que, pour beaucoup, une femme n’a toujours rien à faire sur un terrain de sport. On se souvient de la « bataille des sexes« , au tennis, en 1973, ou de Marc Madiot, qui vient dire à la télé qu’ « une femme sur un vélo, c’est moche » à Jeannie Longo, en 1987. Il y a quelques jours, c’est Daniel Bravo, qui en a encore lâché une belle sur Gaëtane Thiney.

En 2026, les femmes doivent se féliciter d’avoir le droit de faire du sport, et même d’avoir leur propre catégorie. Parce que dans l’imaginaire collectif, la femme doit être plus faible que l’homme. Elle doit être frêle, fragile, belle… Et les hommes doivent les protéger. Alors, forcément, les concours de beauté, très bien, mais les compétitions sportives (ou même les écoles d’ingénieurs), ça ne colle pas. Et pourquoi pas des femmes sur les champs de bataille, aussi ?
Le problème, c’est que tous les humains sont différents (je vais le répéter une paire de fois). On trouve donc des femmes de deux mètres pour 90 kilos et des hommes d’un mètre quarante pour trente kilos. Nous sommes tous des exceptions, vu que nous sommes tous uniques. C’est la nature humaine.
Ma théorie, c’est que la catégorie féminine a été créée, non pas pour protéger les femmes, mais bien pour protéger les égos masculins. Parce que sans cette catégorisation, de nombreux hommes se feraient déclasser par des femmes. Et beaucoup ne le supporteraient pas.
Comme je l’ai développé dans un précédent article, la nature n’a rien de binaire. Mais quand une femme s’extrait des clichés pour devenir une redoutable compétitrice, ou si, simplement, elle a le malheur de ne pas coller à l’image de la femme occidentale, on vient l’accuser d’être un homme. Je précise « occidentale », parce que les exemples de femmes noires ou asiatiques, prises pour des hommes, ne manquent pas.
Ne pas oublier les personnes intersexes
Et c’est le moment de parler des personnes intersexes, avant de parler de genre. Elles existent et se situent, d’un point de vue anatomique, entre les hommes et les femmes, comme leur nom l’indique (je caricature : la réalité est évidemment plus complexe que ça, plus nuancée). Elles ne trichent pas. Elles ne sont pas trans non plus. C’est la nature, qui aime la variété, en particulier chez les humains.
Cette réalité naturelle fait voler en éclat la catégorisation hommes/femmes, qui ne repose que sur des critères sociaux, dans le fond. Ça ne fonctionne pas parce que la nature n’est pas binaire. Donc, il y a toujours des exceptions, qui provoquent des polémiques. Qu’est-ce qu’on fait des personnes intersexes ? Qu’est-ce qu’on fait des femmes qui disposent d’un taux de testostérone hors norme ? Qu’est-ce qu’on fait des personnes exceptionnelles ?

Quand il s’agit d’hommes, on parle de champions, on les adule, on les honore. Quand il s’agit de femmes, on les accuse de tricher, d’être des hommes, on les méprise, on les conspue, on les montre du doigt comme des bêtes de foire. Simplement parce qu’elles viennent démontrer que la catégorisation hommes/femmes et que cette binarité ne reposent pas sur une réalité matérielle, mais sur des clichés. Elles représentent une menace pour l’ordre établi, dans lequel les hommes doivent dominer physiquement les femmes.
Les très rares athlètes trans
C’est là que je vais parler des personnes trans. Maintenant que j’ai remis en cause le principe même de compétition, maintenant que j’ai démontré la vanité de la catégorisation hommes/femmes, et prôné la catégorisation par gabarit, on va pouvoir aborder le sujet.
Déjà, on parle de 0,3 à 1% de l’humanité pour l’ensemble des personnes trans, dont un tiers sont des femmes trans, puisque ce sont elles qui semblent poser le plus problème. Donc, entre 0,1 et 0,3% de la population mondiale. Une infime partie de la population générale affiche des velléités de gagner des médailles dans le sport de haut niveau. On peut supposer que chez les femmes trans, cette proportion est encore plus faible : la préoccupation première des femmes trans, ça reste quand même d’être considérées comme des femmes, et, pour ça, il faut coller au plus près des clichés. Comme indiqué précédemment : une grande taille, de gros muscles et des performances sportives impressionnantes, c’est contre-productif.

Les femmes trans athlètes existent, parce que la nature aime la variété chez les humains, mais on est vraiment sur de l’exception très exceptionnelle. C’est sans doute pour cette raison qu’elles marquent les esprits, qu’elles déclenchent des polémiques, qu’on en parle en boucle et… qu’on a l’impression qu’elles sont nombreuses. Parce que leur caractère exceptionnel fascine.
Certains voudraient qu’on crée une catégorie trans, spécialement pour ces athlètes. La réalité, c’est qu’en Angleterre, sur des millions de pratiquantes, il n’y a qu’une vingtaine de femmes trans licenciées au niveau amateur dans le football. Même pas de quoi faire un match. On a aussi beaucoup parlé de l’haltérophile trans qui a fini dernière aux JO de Tokyo. Je pense qu’il faudra attendre longtemps avant de voir une autre haltérophile trans. Perso, je ne connais même pas un haltérophile, alors une haltérophile trans…
Toujours est-il que cette dame, Laurel Hubbard, n’a pas écrasé ses concurrentes. C’est même le contraire qui s’est produit. Je ne crois pas non plus qu’Hunter Schafer, Nicole Maines ou Marie Cau soient particulièrement avantagées en haltérophilie, ou en boxe. Je pense qu’Imane Khelif ou Zhang Ziyu les massacreraient.

D’ailleurs, les études scientifiques affirment qu’après transition hormonale, l’avantage physique, dont pourraient bénéficier les femmes trans, disparaît. En même temps, c’est logique : autant la testostérone dope, autant les œstrogènes font l’effet inverse… J’ajouterai que si on permet aux ados trans de prendre des bloqueurs de puberté, le temps pour eux de mûrir et de réfléchir pour s’assurer qu’ils sont bien trans, avant d’enchaîner avec un traitement hormonal substitutif, ils auront une puberté très proche de celles de femmes ou hommes cis. Mais, il s’agit là d’un débat médical et scientifique que je ne peux trancher, n’étant ni médecin ni scientifique.
Je le mentionne aussi, parce qu’il le faut bien : oui, il peut arriver que des hommes entament une transition juste pour gagner des médailles. C’est tordu, c’est stupide, mais… les humains sont tous différents, donc ça peut exister. Il y a bien un néonazi allemand qui a transitionné pour être incarcéré dans une prison pour femmes… Est-ce que ces exceptions justifient d’empêcher les personnes trans de participer à des compétitions sportives ? À ce compte-là, on pourrait même mettre en prison toute l’humanité, à titre purement préventif, vu qu’on pourrait tous être des psychopathes… Ou alors, on peut simplement agir avec intelligence et bienveillance, en adaptant les règles.
En résumé, on parle d’un phénomène qui restera marginal, qui questionne la pertinence de la catégorisation hommes/femmes et qui peut se résoudre par une catégorisation par gabarits, ou avec des critères physiques, et non genrés. Nul besoin de priver des gens sains de compétitions.





Laisser un commentaire