Étant moi-même transgenre, je suis souvent confrontée à une certaine confusion concernant la transidentité. C’est pourquoi mon premier roman, Rêves de Q, traite de ce sujet, que je vais approfondir dans cet article. Afin de bénéficier d’un support pour ceux qui ignoreraient de quoi on parle.

Il y a quelques jours, j’ai lu, sur les réseaux sociaux, une personne expliquer qu’ « une femme cis n’a aucune réalité biologique ». Sous-entendant que la transidentité n’existe pas : on est une femme ou on est un homme, et c’est le hasard qui tranche. Cette personne a ajouté, juste après : « la nature est binaire (sauf exception) ».
Je vais tâcher d’expliquer les choses de façon claire.
Une biologie pleine de nuances
Déjà, la biologie. Cette personne le dit elle-même, à demi-mot : la nature n’est pas binaire, vu qu’il y a des exceptions. Les personnes intersexes existent et on aura beau les qualifier avec une grande bienveillance, comme je peux souvent le lire, d’ « anomalies » ou autres « erreurs », ça n’y change rien : elles existent. Comme les gauchers, comme les albinos, comme les personnes très grandes, comme les personnes très petites… Nous ne sommes pas des fourmis ou des abeilles, nous sommes des humains et… nous sommes donc tous différents les uns des autres. Même les vrais jumeaux ne sont pas exactement semblables. Comme pour la couleur, finalement : entre une personne très blanche et une personne très noire, il existe des milliards de nuances.
Quant à la féminité/virilité, il s’agit d’une notion purement humaine liée à des codes et à un ressenti, et qui s’avère d’autant moins binaire. Certaines personnes sont perçues comme très viriles, d’autres très féminines, d’autres encore, sans forcément être intersexes, comme androgynes. Entre ces trois classifications totalement arbitraires : des milliards de nuances. Et ces perceptions changent d’une culture à l’autre et dans le temps. Les critères de féminité/virilité varient, simplement, d’une personne à l’autre.
Gérard Vivès : en le voyant, malgré sa « biologie » bien « mâle », ce n’est probablement pas le mot « viril » qui vous est venu en premier. J’en conclus que ce n’est pas la biologie qui prime sur le ressenti social. (Désolée, Gérard…)
Ce ressenti amène certains transphobes à « accuser » des femmes cisgenres (c’est-à-dire pas transgenres) d’être en réalité transgenres ou d’être des hommes travestis. Même Brigitte Macron ou Elodie Gossuin, une ancienne miss France, y ont eu droit. Absolument personne n’est à l’abri d’être perçu comme trans, un jour ou l’autre.
Quant à moi, de ma puberté à ma transition, on m’a dit que je n’étais pas un homme, que j’étais « une gonzesse ». Avec mépris. Aujourd’hui, quand je dis que je suis trans, sur les réseaux sociaux, ce même type de personnes me répète que je suis un bonhomme et que je ne serai jamais une femme. Avec le même mépris. Dans la « vraie vie », les gens que je rencontre ou que je côtoie au quotidien me voient comme une femme, quels qu’ils soient. Je vous laisse en tirer vos propres conclusions.
La corrélation entre le sexe et le genre
Toute la question de la transidentité tient dans cette perception et dans la corrélation, automatique ou pas, entre le sexe et le genre.
Car l’humain est un animal incroyablement élaboré. Contrairement aux autres animaux sexués, il peut être tellement de choses : écrivain, musicien, prêtre, policier, militaire, sportif, maire, terroriste, délinquant, parent, jardinier, Juif, Français… Autant de qualités qui peuvent se cumuler pour définir une identité et… qui n’ont strictement aucune corrélation avec la biologie. Il n’y a pas de chromosomes ou d’hormones ou de taille qui fasse de vous automatiquement un écrivain, un délinquant ou un jardinier, même s’il peut y avoir des prédispositions génétiques. Il est compliqué de jouer au basket si on est petit, mais… il existe des basketteurs de très petite taille.
Maintenant, la question est de savoir si « femme », « homme » et… « personnes non binaires » peuvent être décorrélés du sexe ou si, au contraire, quoi qu’on fasse, c’est le sexe qui détermine le genre.
Déjà, d’un point de vue grammatical, en français, c’est clair : le sexe n’a aucun rapport avec le genre. Sauf à considérer que la lune ou une voiture ont une vulve. Et je ne vais même pas parler de la règle qui veut que le masculin l’emporte sur le féminin, ce qui transidentifie (grammatiquement) depuis quelques siècles de nombreuses femmes en hommes. Je ne comprends pas bien, d’ailleurs, pourquoi les transphobes, les essentialistes, ne militent pas activement pour la création d’un genre neutre en français. Ce serait bien plus cohérent, et plus pratique, surtout pour les personnes non binaires.
De la même façon, une banane peut n’être qu’une simple banane, ou une oeuvre d’art qui vaut 20 millions d’euros. Question de perception… Une cathédrale, une synagogue, une mosquée, j’imagine que pour un chien, ça n’est rien de plus qu’un amas de pierre, de minéraux, sur lequel on peut uriner, mais pour la plupart des humains, c’est un peu plus qu’un amas de pierre : ce sont des édifices sacrés, assez aisément identifiables.
Quand on voit la Joconde, on devine une femme, immédiatement, et pourtant je suis à peu près sûre que cette peinture ne doit pas avoir de vulve.
Est-ce que la femme se limite à sa biologie ?
On peut considérer qu’une femme n’est qu’une femelle humaine, c’est vrai. De la même façon qu’un chien voit une cathédrale ou une statue comme du minéral. On peut aussi considérer qu’une femme ne se limite pas à son sexe, à ses capacités procréatives, même si cela fait bien sûr partie des critères qui peuvent la définir, parmi d’autres.
Qu’est-ce qui fait qu’on identifie telle ou telle personne comme une femme ou un homme, sans vraiment y réfléchir, dans la rue, à la télé ou ailleurs ? Les chromosomes ? Les hormones ? La forme du sexe ? Ou l’attitude, les actes, les stéréotypes qui existent dans toutes les sociétés, qu’on le veuille ou non ?
Chaque personne est différente, plus ou moins féminine ou masculine d’un point de vue biologique et d’un point de vue social. La transidentité consiste simplement à s’extraire d’un rôle social, binaire, assigné à notre naissance en fonction de la biologie, sans savoir comment on va évoluer. Rôle social qui finit par ne plus coller à notre personnalité, à notre essence, et cette incongruence peut aussi occasionner une grande détresse : la dysphorie de genre.
On peut alors, suivant les cas, éprouver le besoin de rapprocher sa « biologie », son apparence physique de celle qui colle le plus à notre personnalité. On appelle cela la transition médicale. Plus la société dans laquelle on vit est binaire et donc transphobe, plus ce besoin va se faire ressentir. Avec le risque, in fine, que cette intolérance soit trop forte et qu’on en vienne à se dire que même après avoir épuisé toutes les options de la transition médicale, on continuera à en souffrir.
Pourquoi, à la lune et à la Joconde, qui n’ont rien demandé et qui n’ont, autant que je sache, pas de vulve, ni de chromosomes XX, on leur accorde le féminin, en France, alors que moi qui le demande et qui m’en rapproche tellement plus biologiquement, on me le refuserait ?…
Cette réflexion n’est, bien sûr, pas destinée aux transphobes qui trouveront toujours une justification pseudo-rationnelle à leur dégoût, comme c’est toujours le cas pour les autres minorités discriminées et les femmes.
La bêtise, littéralement, ne consiste-t-elle pas à voir les choses comme une bête ?
Pour plus d’informations sur la transidentité, je vous invite à consulter le Wikitrans, qui m’a beaucoup aidée à y voir plus clair, avant et pendant ma transition médicale.










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