J’ai tenté d’interviewer Mathilde-Marie de Malfilâtre, mais comme elle est morte, partie sur sa ZAT céleste et terrestre à la fois, c’est son impresario, Luna, qui m’a répondu à sa place. On a sorti la tablette Ouija et les psychotropes pour obtenir une interview qu’il vaut mieux lire dans un état de conscience modifié.

Voici sa description dans Non Conforme 7 : Mathilde-Marie de Malfilâtre, auteure, est née le 1er juin 1987 en Normandie. Issue d’une famille d’artistes, descendante du poète maudit Clinchamps de Malfilâtre, elle se passionne très tôt pour la littérature et les services secrets. Elle grandit au Japon, entourée de son père, formateur dans la boulangerie française de luxe, et de sa mère, travailleuse sociale.
À dix-huit ans, elle est admise à l’Institut national des langues et civilisations orientales, à Paris. Elle y obtient en 2008 une double licence en Relations internationales et Commerce, mention japonais. Elle décide de poursuivre ses études à l’étranger. Diplômée de l’Université de Bradford, au Royaume-Uni, elle est titulaire d’un master 2 en Politique internationale et sécurité. Spécialité antiterrorisme. Son choix s’oriente vers les métiers de la défense. Mathilde-Marie intègre alors la Direction générale de la gendarmerie nationale en tant qu’officier, analyste politologue et rédactrice, au Bureau de la lutte antiterroriste.
En 2026, Mathilde-Marie de Malfilâtre, après toutes ces aventures, décède.
Introduction dramatique par l’impresario de Mathilde-Marie de Malfilâtre :
Chère Laure,
chers amis, chers lecteurs,
Comme vous l’avez appris, Mathilde-Marie de Malfilâtre, la mystérieuse auteure subversive du roman explosif Babylone Express, l’électron Libre Superlumineux, la nouvelle Anaïs Nine Claquée en levrette au LSD, la femme millennale libérée, alias Lady Adrénaline, Miss Domina, une Tepu Céleste, aka La Grande Prêtresse du gonzo-cheper révélée par Beigbeder à la radio en 2018, écrivaine maudite, finaliste du Prix de Flore 2018, sombre icône fantasmagorique, héroïne underground de la génération Y, aussi adulée que honnie du milieu littéraire moderne, est décédée le 6 avril 2026.
En tant que son impresario, Mesdames et Messieurs, j’ai l’honneur de vous transmettre les informations contenues dans son dossier de presse, d’après les ultimes et seules interviews qu’elle a accordées aux médias en 2018, parmi lesquelles figurent entre autres le Canard enchaîné, Actualitté, Transfuge, Technikart ou Voici…. Voilà, paix à son âme. Longue vie à son œuvre.
L’officier de gendarmerie devenue icône underground
Laure Mordray : Ex-officière dans la gendarmerie nationale et désormais Non Conforme, Nouvelle Déviante, tu avais besoin de semer le chaos dans une vie trop ordonnée ? Quel lien tu tisses entre cette expérience et ton écriture qui semble vouloir explorer, voire repousser les limites de la liberté ?

Impresario de MMM : Concernant la biographie de MMM seuls quatre faits semblent avérés.
- Elle était la descendante du poète maudit Clinchamp de Malfilâtre.
- Elle était analyste politique et ancien personnel de la Défense.
- Elle était auteure du roman autofictif Babylone Express paru au Dilettante en 2018, puis de deux nouvelles parues au Diable Vauvert en 2024 et chez Non Conforme en 2026.
- Elle est morte en 2026.
Le restant de sa vie reste et restera inconnu.
Bienvenue dans la TAZ : piraterie, éco-radicalité et conscience modifiée
Laure Mordray : Tu peux nous parler un peu plus de ta TAZ, ta « zone autonome temporaire » ? C’est comme une ZAD, mais en plus acide ? Il s’agit d’un roman ou d’une série en cours ? À ce propos, tu penses que les psychotropes peuvent aider dans la création littéraire ?
Impresario de MMM : L’ensemble de l’œuvre de MMM illustre le concept de la TAZ, Zone Temporaire d’Autonomie, inspiré d’Hakim Bey, grand penseur américain du 20e siècle. Comme dit Mathilde-Marie dans son entretien accordé au magazine Actualitté, la liberté en société n’existe pas. C’est un leurre. Seule existe une faille dans tout système, cette faille, infime, imperceptible, subliminale, est la seule chose susceptible de permettre à l’individu de créer, temporairement, son espace de liberté. De créer tout court. Libre à chacun de trouver sa TAZ, donc. Ses héroïnes féminines archétypales, Luna, Dalila et Pandôra, incarnent toutes avec fougue cette quête de liberté absolue, que cela soit via le sexe, la drogue, l’insoumission, les fêtes en tout genre, la déglingue, la techno, le libertinage et les états de conscience modifiés divers tels que le jeûne, l’ésotérisme, l’alchimie, le mysticisme, la connexion énergétique, la transgression entre autres.
Ecolo-radicale, Mathilde-Marie ne croyait pas au bien commun. Elle n’avait foi en aucun hommes ni aucun partis politiques, ni aucun groupes religieux ou idéologiques mais croyait aux actes et aux choix éthiques de ces citoyens, qui façonneront notre monde. En bien ou en mal.
Cette idée apolitique de TAZ transcende l’échiquier politique classique. Elle s’apparente à la piraterie. Et place actuellement son auteure en cheffe de file de l’anarchisme ontologique en France.
MMM prônait par-dessus tout, la valeur du respect de la Nature. Dans Babylone Express, elle y a prédit la catastrophe écologique, les luttes mondiales liées aux pénuries d’énergies fossiles, la guerre globale d’appropriation des ressources naturelles. Mathilde-Marie, à travers une intrigue policière se déroulant dans le milieu de l’écoterrorisme, sensibilise le grand public au respect des droits de la Terre, du Vivant et des Animaux. À la Naturopathie. Elle dénonce la censure et l’indigence des artistes en France.
MMM, apporte une analyse géopolitique prophétique de notre époque, résolument écologiste, humaniste et visionnaire.
Comme elle l’annonce dans sa lettre posthume, elle a un roman post-mortem, TAZ, dont les droits d’auteurs sont à vendre. Avis aux acheteurs. Il y a aussi une série TAZ dont le scénario est proposé à la vente par les éditions le Dilettante, à Paris.
Mathilde-Marie de Malfilâtre confiait dans Actualitté, écrire sous ECM. Elle ne précise pas lesquels et affirme être toujours restée dans la légalité.

Mathilde-Marie, à travers une intrigue policière se déroulant dans le milieu de l’écoterrorisme, sensibilise le grand public au respect des droits de la Terre, du Vivant et des Animaux. À la Naturopathie. Elle dénonce la censure et l’indigence des artistes en France.
L’impresario de feu Mathilde-Marie de Malfilâtre.
Karmasûtra et bug de cerveau : le génie d’une autrice « lecturophobe »
Laure Mordray : Et si on parlait de ton ensemble de textes dans le Non Conforme numéro 7, Karma Sûtra, et de ton héroïne, Pandôra ? J’imagine que l’inspiration a dû te venir en regardant un débat entre Raphaël Enthoven et Michel Onfray ? Pour toi, le cul, c’est aussi une façon de lutter contre les terroristes et autres tyrans ?

Impresario de MMM : Dans sa dernière nouvelle philosophico-porno, Karmasûtra, publiée chez Non Conforme, Pandôra explore le mythe de Pandore. Libertine, elle va de Charybde en Scylla. La TAZ est son seul espoir. Une ode à ce qu’est être une femme, être libre. Au troisième millénaire.
Mathilde-Marie avait révélé avoir été victime d’un sévère bug de cerveau, juste avant de commencer à écrire Babylone Express, suite à quoi, elle était devenue lecturophobe. Elle ne pouvait donc s’inspirer de personne, ce qui lui confère une voix unique dans la littérature française.
Et comme tu dis, Laure, parler de cul, en tant que libertine expérimentée, c’était peut-être bien pour emmerder les cons. Et faire valoir les droits universels de la femme.
Laure Mordray : Au niveau de l’écriture, de la langue, quelles sont tes inspirations ? Un peu de Bukowski ? Un peu de punk ?
Impresario de MMM : Dans Actualitté, MMM, dans sa jeunesse, a dit s’inspirer principalement de Kerouac, et de son chef-d’œuvre Sur la route, qui l’a incitée à écrire son propre roman. En écriture spontanée, non réflexive et sous ECM. Elle dit s’inspirer également du marquis de Sade, dont elle a lu l’intégralité de l’œuvre à 16 ans.
Ensuite il y a Burroughs, Aldous Huxley et toute la bande des auteurs de la Beat Generation. Et Henry Miller.
Elle dit connaître ses classiques de Terminale Littéraire mais ne connaît pas les auteurs contemporains, car elle avait, peu de temps après avoir lu les dingueries de la Beat Generation, puis le livre du Dalaï-lama d’une traite, fait un grave bug de cerveau, la rendant lecturophobe pour toujours.
Pourtant, ses écrits relèvent du génie.

Son chef-d’œuvre, Babylone Express, est à l’image de celui de son illustre ancêtre, conseiller des Princes éclairés d’Europe, défenseur de Copernic, précurseurs des idées des Lumières, une pure pure pure dinguerie cosmique venue d’une autre galaxie.
L’impresario de feu Mathilde-Marie de Malfilâtre
Double culture et destin post-mortem : l’héritage d’une écrivaine maudite
Laure Mordray : Née en Normandie, tu expliques avoir grandi au Japon. À quel point cette double culture imprègne tes récits ?

Impresario de MMM : Dans la presse Mathilde-Marie, Normande d’origine italienne par sa mère, raconte son enfance de rêve au Japon. Son paradis perdu. L’adaptation en France profonde semble avoir été compliquée. Cela explique-t-il sa personnalité dual ? Le syndrome de Dr Jekyll et Mr Hyde? Schizophrénie créative ? Un héritage transgénérationnel ? Elle avait l’écriture dans l‘ADN. Les esprits, allez savoir. La gosse voulait réaliser son rêve. Créer sa TAZ. Beaucoup de questions resteront sans réponse, n’est-ce pas.
Nous savons qu’elle était Gémeau, ascendant Lion, avait grandi au bout du monde, se sentait une éternelle étrangère, où qu’elle aille.. Aujourd’hui, elle est partie dans sa TAZ ultime.
Laure Mordray : Maintenant que tu es décédée dans le dénuement, comme ton ancêtre Clinchamps de Malfilâtre, tu as des projets post-mortem dont tu aimerais nous parler ? Tu comptes hanter quelqu’un en particulier ? Un.e ex ? Commettre d’autres nouvelles ? Des romans ?
Impresario de MMM : Mathilde-Marie de Malfilâtre est décédée. Elle s’inspirait des philosophies de vie Buddhist et taoïstes. Son chef-d’œuvre, Babylone Express, est à l’image de celui de son illustre ancêtre, conseiller des Princes éclairés d’Europe, défenseur de Copernic, précurseurs des idées des Lumières, une pure pure pure dinguerie cosmique venue d’une autre galaxie. Venu tout droit de la TAZ. Quelle extase. Profitez-en, bonnes gens.
Laure Mordray : Il y a quelque chose que tu aimerais ajouter ? Une épitaphe ?
Impresario de MMM : Épitaphe
Peut-être aurait-elle aimé : En vos cœurs et âmes réside Mathilde-Marie de Malfilâtre, “pleine de TAZ”???
Son impresario
Laure Mordray : Un grand merci d’avoir pris le temps de me répondre, Luna. Et merci aussi de m’avoir autorisée à publier les photos du compte Instagram de MMM, qui nous manque déjà beaucoup. Mais après tout, qui sait ? Peut-être un jour verra-t-on sortir son roman post-mortem TAZ, ou une autre exhumation sortie des limbes. On croise les doigts !
Bibliographie de Mathilde-Marie de Malfilâtre


Dans le septième numéro de Non Conforme, vous pourrez aussi lire Sombre merde, un texte bien véner où il est question de football et d’amitié, par Ernst Duclôt. J’aurais bien aimé l’interroger sur sa mythomanie et sa liste de courses. A l’occasion, peut-être. Enfin, un peu de poésie, bordel, avec Julien Guerville, qui signe un texte drôle, déstructuré, moderne as fuck. J’aurais aussi plein de questions pour lui, sur son univers, sa langue, sa barbe…
Si vous avez aimé cette interview, je vous recommande chaudement celle de Christophe Carpentier.
Et si vous voulez découvrir l’univers de Claire Von Corda, (que je compte bien interviewer elle aussi), avec ses portraits au Bic, ses romans, sa musique, rendez-vous sur son compte Instagram ou sur Facebook.










