Sketch « Vraiment sûre » issu du spectacle Le Guacamole pour les amateurs

Histoire de se mettre en appétit, je vous présente un (long) sketch issu de mon spectacle Le Guacamole pour les amateurs. Si vous voulez en lire plus, un extrait plus long est disponible sur cette page.

VALÉRIE, AGATHE, LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR (VO), LE SERVICE SÉCURITÉ DE VRAIMENT SÛR (VO), MARIE-BÉNÉDICTE, MAÎTRE BOHN.

Valérie et Agathe sont à leurs postes et travaillent sur leurs dossiers.

VALÉRIE

Tiens, au fait, il y a le boîtier de l’alarme, à l’entrée du cabinet, qui fait bip bip, depuis ce matin.

AGATHE

Ha oui, j’ai remarqué aussi.

VALÉRIE

Ça veut sûrement dire qu’il faut changer les piles. Comme pour le moment, le téléphone renvoie sur le répondeur et qu’il y a juste maître Bohn dans le cabinet avec nous, tu serais tranquille pour t’en occuper, si tu veux. Moi, j’ai des conclusions à taper dans un divorce.

AGATHE

Euh… oui. En même temps, j’imagine qu’il y en a pour deux minutes. On a des piles neuves, quelque part ?

VALÉRIE, qui prend un jeu de piles sur son bureau et les tend à Agathe.

Tiens. Il y a un Post-it avec le numéro de Vraiment sûr. C’est le service de sécurité qui gère nos alarmes et la télésurveillance.

AGATHE

Vraiment sûr ? Ils se sont pas franchement cassé la tête pour trouver le nom. Et il faut les appeler même pour un simple changement de piles ?

VALÉRIE

Ça vaut mieux, oui. C’est délicat, ces machins-là. Et si jamais tu fais une mauvaise manipulation et qu’on se retrouve sans alarme…

AGATHE, ironique.

Je croyais que nos clients étaient tous de pauvres innocents… Allez ! J’appelle !

Elle compose le numéro sur son téléphone et prend l’appel sur son casque.

VALÉRIE

Bonne chance…

AGATHE

Hein ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR, avec lassitude.

Vraiment sûr, bonjour. Que puis-je faire pour vous ?

AGATHE

Oui, bonjour, cabinet d’avocats Bohn et Evara. Je vous appelle parce que le boîtier de notre alarme, à l’entrée, n’arrête pas de sonner. Apparemment, ce serait parce qu’il faudrait changer les piles…

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR, même jeu.

Vous êtes vraiment sûre ?

AGATHE

Pardon ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Vous êtes vraiment sûre qu’il faut changer les piles ?

AGATHE

Euh… ben non… C’est juste que le boîtier sonne…

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Il sonne comment, le boîtier ?

AGATHE

Comment ça ? Ben… il sonne, quoi.

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Oui, mais est-ce qu’il fait ouin ouin ouin ouin ouin ou plutôt bip bip bip bip ?

AGATHE

Euh… ben c’est plutôt bip bip bip bip, alors.

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Vous êtes vraiment sûre ?

AGATHE

Ben oui, là, je suis plutôt sûre, oui.

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

D’accord. Mais est-ce que ça fait plutôt bip bip bip bip ou bip bip, bip bip ?

AGATHE

Mais j’en sais rien, moi. Vous ne pouvez pas voir ça à distance, sur votre ordinateur ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR, dans un soupir.

Si, mais c’est chiant.

AGATHE, ahurie.

Pardon ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Oui, ils m’ont donné un ordinateur qui rame, c’est super long…

AGATHE, qui commence à s’agacer.

Je comprends, mais ce serait quand même plus pratique, vous croyez pas ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Vous voulez que j’essaie de me connecter ?

AGATHE

Oui, ben oui, j’aimerais bien.

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Vous êtes vraiment sûre ?

AGATHE, qui se crispe et se met à faire les cent pas.

Oui, oui, je suis sûre.

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

D’accord, c’est vous qui voyez. Vous êtes un particulier ou une entreprise ?

AGATHE

Une entreprise. Je vous l’ai dit, c’est le cabinet Bohn et Evara.

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Comment vous écrivez ça ?

AGATHE

B-o-h-n et E-v-a-r-a.

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Allô ? Je vous entends mal. Vous pouvez répéter ?

AGATHE

Allô ? Vous m’entendez ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Vous pouvez essayer de bouger ?

AGATHE

Je me rapproche de la base du téléphone. (Elle s’approche du bureau.) Vous m’entendez mieux ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Oui, là, ça va. Essayez de ne plus trop bouger. Donc c’est un magasin de bonnets et de vareuses, c’est ça ?

AGATHE

Non, c’est un cabinet d’avocats. Bohn et Evara. B-o-h-n et E-v-a-r-a.

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Vous êtes vraiment sûre ? Je ne trouve pas…

AGATHE

Évidemment que je suis sûre ! B-o-h-n et E-v-a-r-a.

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Ha oui. C’est ça. J’avais mis deux n, alors que c’est un h. En même temps, j’aurais pu trouver avec votre numéro de téléphone qui s’affiche sur mon écran. Je suis bête.

AGATHE, qui doit vraiment prendre sur elle.

Mais non. Ça arrive même aux meilleurs ! C’est bon ? Vous avez l’accès ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Il me faut votre mot de passe, maintenant.

AGATHE

Le mot de passe ? Valérie ?

VALÉRIE

C’est maman.

AGATHE

Maman ?

VALÉRIE

Maman.

AGATHE

Maman. Je suis vraiment sûre !

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Maman, d’accord. J’appuie sur entrée.

AGATHE

C’est bon, cette fois ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Ça charge. Il faut attendre.

Agathe fait les cent pas en attendant. Au bout d’une minute arrive Marie-Bénédicte, la femme de ménage, avec son attirail.

MARIE-BÉNÉDICTE, à Valérie.

Salut, Valérie, ça va ? Maître Evara n’est pas là ? Il faut que je le voie, pour mon dossier.

VALÉRIE

Ha oui, j’avais oublié que tu devais t’occuper du ménage, aujourd’hui. Ça va… Il est absent. Et tu sais bien que c’est pas lui qui gère ton dossier. C’est maître Bohn, et là elle est occupée. Elle travaille sur un dossier de stups bien épais.

MARIE-BÉNÉDICTE, qui soupire.

Oui, ben c’est nul. Je voulais que ce soit lui. (Après un temps à observer Agathe.) Elle fait quoi, l’autre ?

VALÉRIE

Elle change les piles de l’alarme.

MARIE-BÉNÉDICTE

Ha ?… Et donc, là, elle est en train de se motiver avant d’y aller ou…

VALÉRIE

Je sais pas. Elle est au téléphone avec le type de Vraiment sûr.

MARIE-BÉNÉDICTE

Parce qu’elle a besoin qu’on lui explique comment qu’on fait pour changer des piles ? C’était bien la peine d’aller à l’université…

AGATHE, qui regarde Marie-Bénédicte avec agacement.

Ça charge toujours ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Hein ? Vous êtes toujours là ? D’habitude, les gens laissent tomber au bout d’une minute !

AGATHE, blasée.

Oui, je suis toujours là, oui…

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Ha ? Vous êtes vraiment sûre que vous voulez aller au bout ?

AGATHE

Oui, je suis vraiment sûre ! J’ai pas fait tout ça pour rien !

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Bon d’accord. Mais il faut que je relance l’ordinateur. Comme je pensais que vous aviez laissé tomber, j’ai refermé la page, moi.

AGATHE, agacée.

C’est pas vrai ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Bohn avec un h, hein ?

AGATHE

Oui !

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Et le mot de passe ?

AGATHE, qui crie.

Maman !

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

J’appuie sur entrée. Ne quittez pas.

AGATHE

Non, je vais pas quitter, non !

MARIE-BÉNÉDICTE

Bon ben moi, vu que j’ai pas fait d’études, je vais bosser, hein ? Le ménage va pas se faire tout seul, lui. Et il faut bien que je justifie mon salaire ! Par contre, ce serait bien d’éviter de piétiner là où je vais laver. Il faut respecter le boulot des petites gens !

Elle commence à nettoyer le sol.

MAÎTRE BOHN, qui sort de son bureau.

C’est quoi, ces cris, là ? Ça me déconcentre !

VALÉRIE

C’est Agathe qui change les piles de l’alarme.

MAÎTRE BOHN

Et elle est obligée de crier pour ça ?

AGATHE

Ben euh non, mais c’est Vraiment sûr qui rame…

MAÎTRE BOHN

Oui, hé bien, on ne crie pas ! Il y a des gens qui bossent, ici !

MARIE-BÉNÉDICTE

C’est exactement ce que je disais !

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Vous me disiez quelque chose ?

AGATHE

Non, je ne parlais pas à vous.

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Pardon ? Je vous entends mal.

Agathe se rapproche de son bureau.

MARIE-BÉNÉDICTE

Pas là ! Tu vois bien que c’est mouillé !

AGATHE, qui fait le tour pour éviter la zone mouillée.

Vous m’entendez, là ? Ça charge toujours ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Oui, c’est mieux. Je pense que ça se termine. Encore un peu… Encore un peu… Encore un peu…

MARIE-BÉNÉDICTE, qui se rapproche d’Agathe.

Pardon ! Il faut que je lave ici aussi, alors on se pousse, merci.

AGATHE, qui s’écarte et fait le tour de son bureau.

Par pitié, dites-moi que c’est chargé, je commence à faire une crise d’angoisse, là.

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Oui, c’est bon, j’ai accès à votre système. Je peux même vous voir.

AGATHE

Me voir ? Vous me voyez ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Oui, oui, vous êtes au centre de la salle, là. Vous portez un chemisier très moche que vous n’avez visiblement pas eu le temps de repasser et vous avez une tâche dégueulasse sur votre pantalon. Il faut mettre une serviette quand vous mangez des spaghettis à la bolognaise. (Agathe est vexée et essaie de cacher la tache.) Derrière vous, il y a une dame qui fait la gueule, à son bureau. Et un peu plus loin, il y a… une soubrette de film porno, je dirais.

AGATHE, qui regarde partout autour d’elle.

Quoi ? Mais comment vous faites ? Il y a une caméra quelque part ?

VALÉRIE

Évidemment qu’il y a une caméra. Sur le quatrième mur. Depuis le temps que tu bosses ici, tu l’as toujours pas vue ?

AGATHE

Sur le quatrième mur ?

VALÉRIE

Ben oui (Elle désigne le public.) : là.

AGATHE, qui s’approche du public comme s’il s’agissait d’une caméra.

Ha oui, tiens. J’avais jamais fait attention.

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Et là, je vois que vous avez aussi un peu d’acné au-dessus de la bouche.

AGATHE, qui recule, se cache la lèvre et crie.

Oui, bon ça va, c’est ma période. On peut se recentrer sur les piles ? On va pas y passer la journée, non plus !

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Vous êtes vrai…

AGATHE, qui l’interrompt.

Oui, je suis vraiment sûre !

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Alors, il faut que vous alliez chercher le boîtier de l’alarme, qui doit se trouver dans l’entrée. Ça ressemble à un détecteur de fumée.

AGATHE, qui sort de scène côté entrée du cabinet, en prenant soin d’éviter la zone mouillée. Depuis les coulisses.

C’est bon, je l’ai.

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Je ne vous entends plus.

AGATHE, qui revient, toujours en évitant de justesse la zone mouillée, avec un détecteur de fumée.

Je l’ai !

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Non, ça, c’est un détecteur de fumée. (Agathe accuse le coup.) L’alarme, d’après ce que vous m’avez dit, elle doit faire bip bip, bip bip.

AGATHE, crispée.

Oui, c’est bon, ça va !

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

C’est ce qui arrive quand on veut aller trop vite.

AGATHE, qui crie.

J’ai compris, merci !

MAÎTRE BOHN, qui passe sa tête côté bureaux.

Agathe ! Tu peux arrêter de crier ? Pour la deuxième fois, merci !

MARIE-BÉNÉDICTE, alors qu’Agathe s’apprêtait à retourner dans l’entrée.

On ne marche pas là, c’est mouillé ! Il faut faire gaffe, là, l’hystérique !

AGATHE, après avoir fait le tour et échangé le détecteur avec l’alarme, qui ressemble beaucoup à un détecteur.

Voilà. Elle a arrêté de faire bip bip, par contre.

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Ha ? C’est embêtant, ça. C’est parce que vous êtes trop loin du socle, je pense.

AGATHE, entre deux tics nerveux.

Mais… si je me rapproche du socle… vous n’allez plus m’entendre…

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Ha oui. C’est embêtant, ça. (Après un temps.) Vous savez quoi ? Je vous explique la manœuvre, vous essayez et on voit si ça marche.

AGATHE

J’ai un très mauvais pressentiment, mais j’ai pas trop le choix, hein ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

OK, alors, il faut que vous vous mettiez à côté du socle. Vous enlevez le cache des piles. Vous appuyez sur le bouton au milieu du socle et vous laissez votre doigt enfoncé pendant cinq secondes. Après, vous aurez dix secondes pour remplacer les anciennes piles par les nouvelles et appuyer dix fois de suite sur le même bouton. Ensuite, vous repositionnez le boîtier sur le socle et vous appuyez dix fois sur le bouton qui se trouve sur le boîtier.

AGATHE

Et c’est tout ? Vous pouviez pas trouver plus simple comme manœuvre ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Ben c’est une alarme. Si c’était trop simple, ce ne serait pas vraiment sûr.

AGATHE

Évidemment !

VALÉRIE

Je veux pas te mettre la pression, mais tu as encore les conclusions de maître Belkacemi à taper avant midi.

AGATHE

Oui, je sais, ça va, je gère ! On n’a jamais été aussi près de la fin ! (Elle sort de scène en prenant soin d’éviter la zone mouillée et revient après une minute.) Voilà !

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Voilà quoi ?

AGATHE

Comment ça « voilà quoi ? » ? Ben j’ai fait ce que vous m’avez dit !

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Vous êtes vraiment sûre ?

AGATHE, qui parvient à ne pas crier.

Écoutez, je ne veux pas être désagréable, j’ai reçu une bonne éducation par des parents catholiques, mais si vous me demandez encore une fois si je suis vraiment sûre, je vais vous traquer, je vais vous trouver et votre boîtier qui fait bip bip, je vais vous l’enfoncer dans le…

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

D’accord ! D’accord ! J’arrête ! Je vérifie… Alors, c’est bizarre…

AGATHE

Quoi, encore ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

On dirait que vous avez réussi la manœuvre du premier coup. C’est la première fois que ça arrive.

AGATHE

Donc, ça y est ? C’est bon ? C’est terminé ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Ben non. Maintenant, il faut réinitialiser le système et vérifier que tout fonctionne.

AGATHE

C’est pas vrai, mais quel enfer !

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Si vous voulez, on peut s’arrêter là…

AGATHE

Pardon ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Ben oui, c’est vous qui voyez. Mais s’il y a un souci et que l’alarme ne fonctionne pas, ce sera votre responsabilité qui sera engagée.

AGATHE

Évidemment. Donc, il faut faire quoi, maintenant ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Ha ? Vous voulez continuer ? Vous êtes… sérieusement ? (Agathe renifle très fort.) OK, OK, on enchaîne. Donc, là, il faut que la caméra filme cette pièce sans personne dedans et avec les portes fermées.

MAÎTRE BOHN, qui sort de son bureau et s’avance vers Agathe.

Agathe, j’ai besoin que tu me tapes un courrier pour le procureur, là, maintenant, tout de suite, ça urge… (Voyant qu’elle est toujours au téléphone, à Valérie.) Elle est encore au téléphone avec Vraiment sûr, là ? C’est une blague ? Il faut être ingénieur pour changer des piles ou quoi ?

MARIE-BÉNÉDICTE, qui a fini le sol et s’attaque aux poussières.

Avec moi, ce serait fait depuis longtemps.

AGATHE

Le gars dit que…

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Le gars, il est technicien, quand même.

AGATHE, après avoir pris une grande respiration.

Le technicien de Vraiment sûr dit qu’il faut sortir de la pièce et fermer toutes les portes pour que la caméra se réinitialise.

MAÎTRE BOHN

Ben oui, on n’a que ça à faire, ici !

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

C’est pas exactement ce que j’ai dit, mais bon…

AGATHE, qui semble parler à maître Bohn.

Mais tu vas la fermer ! (Se reprenant en voyant la réaction de maître Bohn.) Non, non ! Pas vous ! Je parlais au technicien !

MAÎTRE BOHN

Il y a plutôt intérêt ! Bon, qu’on en finisse ! Allez, on ferme la porte d’entrée et on se met dans mon bureau.

AGATHE, pendant que Valérie ferme la porte d’entrée et que les deux autres sortent côté bureaux.

Et il faut attendre combien de temps à l’extérieur ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Le temps que ça charge. Je vous le dirai, vous inquiétez pas !

AGATHE

Mais si je m’éloigne de la base du téléphone, je ne vais pas vous entendre !

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Ha oui… C’est embêtant, ça. Ben, écoutez, on n’a qu’à dire trois minutes. On verra bien…

AGATHE

Vous n’avez pas l’air vraiment sûr !

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Euh… Si… Si, si, je suis vraiment sûr. Ça devrait aller. Je pense.

MAÎTRE BOHN, depuis le côté bureaux.

Agathe ! On se dépêche ! Il y a du boulot !

AGATHE

Oui, oui, mais c’est lui qui…

MAÎTRE BOHN

C’est lui, c’est lui… Il faut t’imposer aussi, un peu. On les paie assez cher tous les mois ! Allez ! (Agathe sort à son tour. On les entend depuis l’extérieur.) Tu n’es pas dégourdie, hein ? Je me demande même parfois, si tu aimes venir bosser ici. Parce que, si ça ne te plaît pas, ça ne sert à rien. Autant rester chez toi.

AGATHE

Mais si, ça me plaît. C’est juste que c’est pas tous les jours facile.

MAÎTRE BOHN

Ha bon ? Ça te plaît ? Tu es vraiment sûre ?

AGATHE, dans un sanglot.

Mais oui, je suis vraiment sûre !

MARIE-BÉNÉDICTE

Et allez ! Vlà qu’elle se met à chialer, maintenant. Aucun caractère !

MAÎTRE BOHN

Bon, il faut attendre combien de temps ?

AGATHE

Trois minutes, il a dit.

MAÎTRE BOHN

Et tu n’as pas pensé à regarder ta montre ? On en est où, là ? Ça devrait être bon, non ?

VALÉRIE

Ho oui, ça fait bien trois minutes, là.

AGATHE

Tu es vraiment sûre ?

MAÎTRE BOHN

Ben tu n’as qu’à lui demander, au technicien !

AGATHE

Je capte pas ! Je suis trop loin de la base du téléphone !

VALÉRIE

Ça, c’est parce que les piles du casque sont bientôt mortes.

AGATHE

Ha non, hein ?

VALÉRIE

Non, mais là, il y a pas besoin de téléphoner pour les changer. C’est juste pour l’alarme.

MAÎTRE BOHN

Bon, Agathe, va voir si c’est bon ! On ne va pas rester là toute la journée !

AGATHE, qui entre comme si le ciel allait lui tomber sur la tête et se rapproche de son bureau.

Allô ? Vous m’entendez ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

À deux secondes près, c’est ballot !

AGATHE

Quoi ? Ne me dites pas qu’il va falloir recommencer !

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Ha non, c’est pire que ça…

AGATHE

Quoi ? Pire ?! Comment ça ?

MAÎTRE BOHN, qui entre avec les deux autres.

Alors ? C’est bon ? On peut bosser, maintenant ?

Une alarme retentit depuis l’entrée, de plus en plus forte. Tout le monde regarde Agathe avec le regard noir.

AGATHE

Mais j’y peux rien, moi !

LE SERVICE DE SÉCURITÉ DE VRAIMENT SÛR

Vous êtes dans un bâtiment protégé par Vraiment sûr. Donnez-nous le mot de passe, sinon nous prévenons la police !

AGATHE

Le mot de passe ? (Elle crie.) Maman !

LE SERVICE DE SÉCURITÉ DE VRAIMENT SÛR

Veuillez donner le mot de passe, sinon nous appelons la police.

AGATHE, plus fort.

Maman !

LE SERVICE DE SÉCURITÉ DE VRAIMENT SÛR

Veuillez donner le mot de passe, sinon nous appelons la police.

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Ha oui… C’est embêtant, ça.

AGATHE

Maman ! Mais vous pouvez pas les prévenir, vous ?

LE SERVICE DE SÉCURITÉ DE VRAIMENT SÛR

Veuillez donner le mot de passe, sinon nous appelons la police.

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Qui ça, moi ?

AGATHE

Ben oui, vous ! C’est vos collègues, non ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Oui, mais ici, c’est le service technique. Le service sécurité, il est deux étages au-dessus.

LE SERVICE DE SÉCURITÉ DE VRAIMENT SÛR

Veuillez donner le mot de passe, sinon nous appelons la police.

AGATHE, encore plus fort.

Maman !

MAÎTRE BOHN

Bon Agathe ! Tu vas t’en sortir ?

LE SERVICE DE SÉCURITÉ DE VRAIMENT SÛR

Veuillez répéter ! Sans le mot de passe, nous appelons la police !

AGATHE, qui s’effondre en sanglots.

Maman ! Maman ! Maman ! Maman !

LE SERVICE DE SÉCURITÉ DE VRAIMENT SÛR

Veuillez répéter !

VALÉRIE, qui crie à son tour en direction de l’entrée.

Maman !

LE SERVICE DE SÉCURITÉ DE VRAIMENT SÛR

Mot de passe validé. Merci d’utiliser Vraiment sûr. Bonne journée.

L’alarme s’arrête.

VALÉRIE, à Agathe.

C’est vrai que tu fais vraiment aucun effort. (Elle lui prend le téléphone.) Bon, le monsieur de Vraiment sûr, c’est fini, là ? Elles sont changées, les piles, et l’alarme fonctionne ? On est d’accord ?

LE TECHNICIEN DE VRAIMENT SÛR

Hein ? Ha bonjour. Je vous reconnais, vous êtes la dame de la dernière fois… Euh oui, oui. De toute façon, les vérifications, on peut les gérer à distance et s’il y a un souci, on vous enverra quelqu’un.

VALÉRIE

C’est bien ce qui me semblait. À la prochaine. (Elle coupe la conversation et rend son casque à Agathe.) Il va vraiment falloir que tu mûrisses. On n’est pas là pour s’amuser, ici !

NOIR

@ Crédit photo : Les Pixels d’Elfya

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Laure Mordray

Ce que j’aime, c’est transgresser les genres, les mondes, les univers pour mieux les mélanger. Passer de l’érotique hard à la comédie théâtrale et faire un détour par le fantastique m’amuse beaucoup. Je porte un masque pour faire parler les curieux et libérer mon verbe. Rêves de Q signe mes débuts dans la littérature érotique.
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