Quand un proche lit un de mes livres, il va avoir tendance à chercher de qui, dans la réalité, mes personnages sont inspirés. De lui ? De moi ? De mon oncle ? Ce qui m’amuse beaucoup. Attention : révélations !

Confusion
— Le personnage de la femme de ménage, trop bien. J’ai tout de suite reconnu X !
— Ha oui ?
En général, je ne contrarie pas. Je botte en touche. Ou alors, j’avoue tout : « Mais oui ! Bien sûr que c’est elle ! ». Alors que pas du tout.
Pour mon roman, on m’a dit que c’était perturbant, parce que le personnage principal, c’est évidemment moi. Et en même temps, c’est pas possible, parce qu’il y a des différences. Voire des incohérences. Ha bon ? J’aurais une vie sexuelle aussi débridée, moi ?… J’aurais fait du porno ? Je m’en souviendrais…
Parfois, aussi, il est arrivé que des proches le prennent mal. Parce qu’ils se sont reconnus dans un personnage et… « mais je ne suis pas comme ça ! C’est faux ! ». Et c’est vrai que c’est faux, comme il est faux que ce soit vrai.
C’est un peu le principe d’une fiction, en réalité.
La vérité sur mes personnages
La vérité, c’est qu’ils ont raison de se reconnaître. Il y a un peu de mes proches dans mes personnages. Dans chacun d’eux. Et beaucoup de moi. Et d’autres personnages issus d’univers différents. Et de gens moins proches. Et puis, il y a une part d’invention, totale. Et d’inconscient.
Prenons par exemple maître Evara, dans Comment faire un bon guacamole. J’ai pris comme base un avocat que je connais bien. Je l’ai mélangé avec d’autres avocats que je connais personnellement, mais un peu moins. Que j’ai mélangé avec des avocats médiatiques, ceux qu’on voit sur les plateaux télé à peu près tous les jours. Je les ai mélangés avec le personnage récurrent joué par Louis de Funès (même si le comédien, chez AtCot, l’a joué de façon très différente, avec ses propres références, son propre ressenti). Et j’y ai mis beaucoup de moi-même.
Ensuite, j’ai plongé mon mélange dans un cadre fictif, pour lui faire vivre une histoire fictive, avec d’autres personnages conçus de la même façon.
D’ailleurs, vous savez pourquoi je l’ai appelé « Evara » ? Parce que c’est l’anagramme d’ « avare« . Et dans la première version, le brouillon, c’était sa caractéristique principale, comme beaucoup de personnages joués par Louis de Funès. Mais après, je l’ai modifié, l’histoire aussi, et il a perdu sa caractéristique. Sauf que je me suis attachée à son nom. Je ne parviens plus à l’imaginer avec un autre patronyme.
Tout écrivain, je crois, veut que ses personnages apparaissent comme réalistes, humains, qu’on puisse s’y reconnaître ou reconnaître son voisin.
Question d’état d’esprit
On finit toujours par trouver ce qu’on a envie de trouver. Les croyants, par exemple, voient des signes de l’existence de Dieu partout. Et inversement. Les pessimistes voient des raisons de déprimer tout le temps. Et inversement.
Si un de mes proches a envie de se voir dans une de mes œuvres, il se trouvera toujours. Même si je n’avais pas pensé à lui. Et il a peut-être raison, malgré tout. Il est possible qu’inconsciemment, j’aie mis un peu de lui dans mon texte. Ou peut-être consciemment.
S’il veut croire que je lui rends hommage à travers un de mes personnages, il va sans doute cumuler des arguments pour s’ancrer dans cette croyance. Et inversement.
Mais à mon avis, avec cet état d’esprit, on passe à côté de la vérité du texte, de l’essentiel. Ce qu’on va trouver à travers ce prisme extrêmement restreint en dit beaucoup plus sur soi-même que sur l’œuvre, ou sur moi.
D’ailleurs, il existe une comédie qui traite de ce sujet : Youssef Salem a du succès, avec Ramzy Bedia. Il faudrait que je le regarde, à l’occasion.
Conclusion
Oui, tonton, c’est bien toi que j’ai pris comme modèle pour ma femme de ménage, dans mon livre porno. Désolée.





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