Une plume face aux clichés sur la transidentité

( Retranscription de l’article paru dans L’Observateur du Valenciennois )
RENCONTRE Originaire du Valenciennois, l’autrice trans Laure Mordray publie un roman mêlant érotisme, fable et chronique sociale. À travers ses personnages, elle interroge l’identité.
« J’aimerais que les gens s’en foutent. » C’est peut-être la phrase la plus forte de notre échange avec Laure Mordray, écrivaine transgenre originaire du Valenciennois. L’autrice, dont le dernier livre est sorti en février aux éditions La Musardine, revendique une littérature qui ne se résume pas à une identité. Car trop souvent, être trans c’est être « réduit à être trans ». Plus une personne, plus une autrice, plus un personnage : juste une trans. Et c’est précisément ce que Laure Mordray combat à travers ses textes. « Je ne veux pas qu’on s’arrête là. Ce mot ‘trans’, efface tout le reste.«
– « BEAUCOUP DE GENS CONFONDENT TOUT »
Le constat est amer mais lucide : les autrices trans sont rares en France. Et quand elles existent, elles sont souvent invisibilisées ou enfermées dans une case. Laure Mordray veut faire exploser ces limites : « Beaucoup de gens confondent encore transidentité, homosexualité, travestissement. Il y a un vrai besoin de montrer nos réalités dans leur diversité. » Avec son roman entre fable, érotisme et chronique sociale, elle propose un regard nouveau. L’histoire ? Celle de Dora, une trentenaire trans qui a récemment subi une vulvoplastie. Seule, en quête d’elle-même, elle fait la rencontre de Simone, une camgirl pansexuelle, cxclue de chez elle a 20 ans. Une relation se tisse entre les les deux femmes, entre tendresse, érotisme et auto-réinvention. « C’est une histoire avec de l’hunour. Parce que sans humour, ce serait insuportable. » C’est un éditeur spécialisé dans l’érotisme qui l’a sollicitée. « Au début, écrire du porno, ce n’était pas prévu. Mais j’y ai vu une occasion de dire des choses importantes. » Car dans les vidéos d’ordre pomographique, les corps trans sont souvent fétichisés, hypersexualisés, désincarnés. « Beaucoup de femmes trans sont poussées vers la prostitution. C’est une réalité liée à la marginalisation. » Avec son texte, Laure Mordray reprend le contrôle. Elle écrit — dit-elle — du sexe avec du fond », une œuvre qu’on peut lire pour le plaisir, mais aussi comme une parabole. « Dora veut être une ‘vraie femme’, c’est une sorte de parodie de Pinocchio. Une fin heureuse, une sexualité ordinaire. Pas une héroïne trans, juste une femme. »
« FAIRE RÉFLÉCHIR »
« Rien n’est plus politique que la sexualité ». Pour Laure Mordray, écrire sur le sexe, c’est aussi écrire sur la société. Sur ses tabous, ses rigidités, ses fantasmes. « La transidentité, c’est un sujet sensible, que certains lient encore à une supposée décadence. Mais la société n’est pas binaire. C’est cette différence qul fait notre humanité. » Avec une plume à la fois fragile et blindée, Laure Mordray s’adresse aussi à celles et ceux qui fétichisent les personnes trans, en leur renvoyant un miroir critique: « J’espère les faire réfléchir. » Laure Mordray n’en est pas à son coup d’essai. En parallèle, elle travaille sur une pièce de théâtre qui se déroule dans un cabinet d’avocats — »aucun lien direct avec la transidentité« , insiste-t-elle ( lire ci-contre). D’autres projets sont en cours, notamment dans le fantastique. « Des prédateurs sexuels transformés en jeunes femmes… » Un nouveau terrain pour interroger le pouvoir, le genre, les fantasmes. Son écriture, nourrie de réflexion et d’expérience, aide à faire tomber les clichés, même les siens. « Moi aussi, j’ai des fantasmes, des stéréotypes. J’ai dû faire lire le texte à des ami-es, pour vérifier. » « Mon but, ce n’est pas de faire passer un message, mais de montrer des réalités. De semer une graine. » Avec Dora et Simone, Laure Mordray explore les limites —celles qu’on s’impose, celles que les autres tracent à notre place. Elle ne cherche pas à choquer, ni à convaincre : juste à raconter, à complexifier, à humaniser. M-A.B
Et aussi…
– Disponible à la Fnac, sur Amazon et dans les librairies partenaires, ce roman transgressif mais profondément humain, intitulé Rêves de Q s’adresse à tous ceux qui veulent lire autrement. Et voir autrement.
– La pièce de théâtre dont il est question dans l’article, s’intitule Comment faire un bon guacamole et sera jouée le 13 juin à 20h à la salle des fêtes de Mastaing.





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